La culture de prévention au défi de la mesure

Par Olivier Leroux, vice-président opérations EMOA

Les entreprises engagées dans des démarches durables d’amélioration de leur performance santé-sécurité à travers un fort leadership de leurs managers et une implication de l’ensemble des collaborateurs sont confrontées à une question cruciale : est-ce que la culture de prévention de mon organisation a évolué? A-t-elle progressé? Dans quelle mesure? Bref, comment évaluer l’impact des actions et des démarches engagées sur la culture?

Cette question, outre qu’elle révèle une attente de plus en plus forte des entreprises, a le mérite de poser la question fondamentale de l’efficacité réelle des politiques conduites pour prévenir les accidents et les blessures.

Traditionnellement, on distingue deux natures d’indicateurs : les indicateurs de mesure (lagging indicators) et les indicateurs proactifs ou de processus (leading indicators). Et tout aussi traditionnellement on assimile les indicateurs proactifs à des indicateurs de culture. Nous nous proposons de mettre en perspective ces deux natures d’indicateurs et de voir si cela est suffisant pour permettre d’évaluer la culture.

Les indicateurs de mesure sont définis selon l’OCDE en 2008 comme des indicateurs réactifs, qui indiquent si vous avez atteint (ou pas) un résultat souhaité. Ils permettent par ailleurs de mettre en perspective historique une performance, de mesurer l’ampleur des phénomènes et évènements qui ont eu lieu. Ces indicateurs sont les plus utilisés, ils permettent des comparaisons de sites à sites ou d’entreprises à entreprises. Cela suppose toutefois qu’ils soient calculés de façon homogène et il faut de ce point de vue saluer l’initiative du Global Reporting Index de poser des définitions précises et des modalités de calculs des indicateurs sécurité pouvant être partagées très largement au niveau international. On trouve habituellement dans ce type d’indicateurs les taux de fréquence, les taux de gravité ou les nombres d’accidents, d’incidents, de blessures, de maladies. Par ailleurs, la pratique que nous avons des entreprises nous montre que, très majoritairement, les indicateurs de mesure ne traitent que de la sécurité. La dimension santé fait peu l’objet de mise en perspective si ce n’est en termes de nombre.

Les indicateurs proactifs ou de processus sont associés par Grabowski (2006) aux activités qui identifient, adressent et éliminent les dangers ou bien les minimisent en contrôlant les risques associés. On trouve dans ces indicateurs des indicateurs de processus techniques (mise en œuvre et suivi des actions de contrôle des risques, remontée et analyse des accidents/incidents, etc.) et des indicateurs d’implication ou de leadership (interactions sécurité des managers, suggestions de d’amélioration, leadership en action, etc.). La variété possible de ces indicateurs est très grande et chaque entreprise choisit en général ceux qui répondent le mieux aux processus mis en œuvre dans l’entreprise.

Ces indicateurs sont clairement orientés sur le futur dans une logique de prévention des évènements non souhaités. Ils permettent une évaluation régulière des actions et démarches entreprises, d’en mesurer la dynamique, la durabilité. Ils sont donc complémentaire de la mesure quantitative mais également qualitative.

Pour autant ces indicateurs proactifs sont-ils nécessaires mais surtout suffisants pour évaluer une culture de prévention?

Nécessaires certainement car l’évolution de la culture de prévention passe par tout un ensemble de processus dont on espère un impact auprès des personnes les amenant à faire évoluer leurs pratiques sécuritaires. Il convient de bien en suivre l’évolution et la progression. Mais ils ne nous apparaissent clairement pas suffisants pour mesurer la culture de prévention car ils ne permettent pas de saisir l’impact réel de ces processus ce qui est l’enjeu fondamental de la mesure de la culture. Or, bien souvent, les indicateurs proactifs sont assimilés à des indicateurs de culture dans l’esprit des dirigeants et des responsables prévention alors qu’ils ont pour vocation d’évaluer les processus en place, c’est-à-dire le vecteur de l’évolution culturelle attendue.

Alors comment mesurer la culture de prévention?

Pour cela il convient de compléter les indicateurs existants d’indicateurs dit de culture. Ceux-ci reposent sur le questionnement régulier des collaborateurs de l’entreprise, sur la base de questionnaires stables permettant une lecture des évolutions à l’œuvre dans l’entreprise en regard de la santé-sécurité, de même qu’une évaluation de la façon dont les collaborateurs ressentent les actions entreprises, comment ils les vivent et les perçoivent.

Cette pratique du questionnement peut prendre des formes diverses : audits spécifiques, sondages, entretiens, questionnaires, etc. Le plus important est qu’ils soient réguliers (annuellement, à tous les deux ans) dans le temps afin de pouvoir mettre en évidence les évolutions à l’œuvre et que l’entreprise se saisisse de ce sujet au même titre que les autres. Le GLOBAL SAFETY INDEX que propose Groupe-conseil Perrier s’inscrit pleinement dans cette perspective.

Indicateurs réactifs, indicateurs de processus, indicateurs de culture constituent dans notre esprit les trois dimensions complémentaires de la mesure complète de la performance santé-sécurité d’une organisation. Ils permettent de saisir l’entreprise dans l’ensemble des dimensions de son évolution. Pour cela les indicateurs de culture et leurs modalités de mesure doivent être définis en amont des démarches de progrès engagées et pleinement intégrés au pilotage de la prévention dans l’entreprise.